La vindicte populaire, et si on en parlait…

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Des voies sèches, lourdes et tonitruantes tels les sons de tambourinements se faisant entendre ça et là de parts et d’autres de la ville, les populations se ruent vers les coins de provenances de ces voies loin des cris des supporteurs du Portugal de Christiano Ronaldo, mais des cris de désignation, de clameur, hoolé, holéééééééééééé… Soudain apparait un zigue, un individu suant et fuyant, une créature divine , qui ne sait où il va, mais va quand même. Tout à coup, une flèche empoisonnée venant de chez KANTAMPION vient lui caresser  la jambe droite; Il va se voir poisser dans sa fuite non pas fatigué mais  par l’effet de cette arme blanche qui l’a rendu unijambiste. Subito presto il se voit entourer d’une ribambelle de personnes présentes non pas pour lui lancer des fleurs, mais des pierres. Il capitule et le lendemain la nouvelle circule. Mais quelle nouvelle? Les instants d’après-reddition forcée, essence, pneu, allumette, tous frères se sont occupés du désormais  »brulé » . Bruno brulé ». Bonjour,   »La vindicte populaire ».

Pourtant présentant un caractère sacré et inviolable comme le prévoient de nombreux instruments juridiques nationaux et internationaux notamment la Constitution Béninoise de 1990, la DUDH, la CADHP,etc, la personne humaine dans certaines contrées béninoises et d’ailleurs, fait l’objet de lynchage à flopée. Longtemps existée et ayant refait surface depuis mai 2016 au Bénin, cette vieille pratique de la mort facile est loin de dire son dernier mot. Elle a culminé.

Pour recueillir les avis des uns et des autres, l’émission Grandpublic de CANAL3 dans sa rubrique SAVOIR s’est penchée sur la question. Elle a tendu le micro à une ribambelle d’hommes et de femmes qui se sont prononcés. Ce qui m’a le plus attiré, du moins scandalisé, c’est l’intervention d’une jeune femme qui insistait sur  le caractère bon de cet acte qu’elle encourageait même. Voici les arguments qu’elle avançait: – la personne tuée, on doit pas avoir pitié d’elle parce qu’au moment de son forfait, elle n’avait pitié de personne

-pourquoi on va pas la tuer? moi je pense que c’est une bonne chose et j’encourage cela. ça va décourager d’autres bandits, finissait-elle.

Tout comme cette non moins jeune femme, nombre d’individus soutiennent cet acte, la vindicte populaire qui fait l’objet de tambourinements populaires sur plusieurs canaux sociaux notamment les réseaux.

En tant que jeune juriste et diplomate, mais toujours dans les études et recherches, je m’en voudrais de rester silencieux sur cette question pourtant actuelle.

Nous sommes bel et bien en droit pénal.

Loin d’un cours magistral dispensé par le célèbre André-Mrie GBENOU, Professeur de Droit que je ne suis même pas,le droit pénal apparait comme la branche du droit qui s’intéresse aux conduites et comportements antisociaux donc prohibés par la loi, constituant en des infractions et dont la réaction ( sanction pénale) est bien définie par la loi. Autrement dit, le droit pénal définit les interdictions de la société et prévoit en même temps la sanction attachée à leur inobservance. Le principe en la matière est celui de la légalité des délits et des peines.

La vindicte populaire ou justice populaire puisque c’est le titre du billet, est la vengeance de la société offensée en réponse à un cas de délit ou de crime ou encore de tentative de délit ou de crime. J’ajoute cela parce qu’on peut tenter de voler et ne plus voler et les personnes victimes de cette pratique ne sont pas toutes coupables de l’infraction qu’on leur aurait  collé.

La vindicte populaire, pour plusieurs est la sanction du peuple qui se rend justice. Mais les questions que je m’en vais poser sont celles-ci. Le peuple officie-t’il maintenant en tant que juge? l’on peut se rendre justice maintenant? y a t’il déjà des justiciers béninois? pourquoi les tribunaux existent-ils?

Nous sommes bel et bien en droit qui plus est pénal et nemo censutur ignorare legem, lire nul n’est censé ignorer la loi. En tant que tel, le principe suivant lequel nul ne peut se faire justice demeure un principe général de droit que nul n’est censé ignorer donc.

Plusieurs points mis ensemble, mais étudiés isolément, constituent l’ossature, que dis-je la charpente de mes arguments, de mon article.

1- justice populaire? nul n’a le droit de se faire justice.

Il s’agit là d’un principe sacro-saint du droit, d’ailleurs commun à plusieurs autres règles notamment religieuses, morales, etc.

Si le peuple se donne lui-même les lois à travers ses représentants au Parlement ( les députés) leur application ne se fait non plus directement par ce peuple, mais plutôt par un corps judiciaire, des juges, des magistrats nommés à cet effet.

Ad probationem, lire à titre de preuve, la loi 2001-37 portant Organisation Judiciaire en République du Bénin, qui dispose en son article 1er  » le pouvoir judiciaire a pour mission d’assurer la stricte, rigoureuse et égale observation des lois et règlements… »

Il y a donc des juridictions qui ont pour compétence d’appliquer la loi aux indélicats et non au peuple de se rendre justice. Mieux l’article 3 dispose en son alinéa 1er  » la justice est rendue au nom du peuple béninois ». C’est donc au  nom du peuple que les juridictions rendent leurs décisions.

Dire que l’on est entrain de se rendre justice est un argument qui ne tient pas, sinon ringard et insane.

2- la vindicte populaire, légitime défense? erreur

Souvent abordée, mais rarement définie, la légitime défense est l’une des dispositions légales les plus importantes à connaître quand on aborde les thèmes de défense et de protection de soi-même, de protection personnelle. Comment est-elle définie ? Quand est-elle avérée ? S’applique-t-elle en cas de vindicte populaire? de décès ? Est-elle reconnue au même titre partout ? Autant d’interrogations qui obscurcissent nos jugements et nous font douter de nos réactions, de nos positions ou de notre capacité à répondre à la justification de la vindicte populaire.

La légitime défense s’applique lorsqu’une personne se défend en cas d’agression. Il s’agit donc d’une riposte à une agression pouvant porter atteinte à votre vie, intégrité, etc.

L’article 122-5 du Code Pénal dispose  » N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte.

N’est pas pénalement responsable la personne qui, pour interrompre l’exécution d’un crime ou d’un délit contre un bien, accomplit un acte de défense, autre qu’un homicide volontaire, lorsque cet acte est strictement nécessaire au but poursuivi dès lors que les moyens employés sont proportionnés à la gravité de l’infraction ».

 

La légitime défense, qui reste exceptionnelle, est reconnue si toutes les conditions suivantes sont réunies :

  • Le critère d’imprévisibilité : le droit  vous autorise à vous défendre et à porter des attaques physiques, même si ces dernières provoquent le décès de votre agresseur, à condition que l’agression dont vous êtes victime ait lieu de manière imprévue et injustifiée.C’est l’effet de surprise et la peur qu’il entraîne qui sont à la source de votre réaction. L’imprévisibilité est aussi définie par l’impossibilité de faire appel aux forces de l’ordre pour mettre un terme à l’attaque. Dans la démonstration de l’imprévisibilité, les témoignages et le lieu de l’agression s’avéreront décisifs.
  • Le critère de nécessité : pour qu’un acte violent puisse entrer dans la définition de la légitime défense, le recours à la violence doit bien évidemment être la seule solution envisageable pour protéger votre vie, pour protéger votre intégrité physique.
  • Le critère de proportionnalité : C’est sans doute l’aspect le plus important de cette disposition légale. Votre réponse à l’agression doit être matérialisée par un acte impliquant une réciprocité dans le caractère de sa gravité. Il n’est pas concevable d’utiliser une arme blanche ou une arme à feu (sans même prendre en compte l’interdiction de port d’arme) lors d’une attaque à mains nues.
  • la riposte doit être actuelle et concomitante à l’acte d’agression

Au demeurant, ainsi que viennent d’être passé en revue  les contours les plus basiques et nécessaires de la notion de la légitime défense, il convient de dire que la vindicte populaire n’en constitue guère une, puisque d’abord cet acte odieux et barbare auquel se livre la société ne saurait être une réponse à une agression vis-à-vis d’un individu déjà que le vol ne saurait constituer en une agression remettant en cause ou pouvant porter atteinte à la vie de la victime de ce vol,  pour qu’on ôte la vie au présumé délinquant sous prétexte d’une quelconque riposte. Ensuite, il faut noter que l’immolation de l’individu cité par la clameur publique n’était pas nécessaire puisque du moment où on a pu lui mettre la main dessus, on aurait pu le livrer aux forces de l’ordre, les gendarmeries et commissariats de police étant rapprochés des populations.Enfin, déjà que cet acte ne remplit jusque-là aucun critère, on aurait pu s’arrêter à ce niveau, mais aller jusqu’au dernier critère nous parait plus convaincant. Le critère  de proportionnalité n’apparait nullement dans la vindicte populaire. Pourquoi? parce qu’on ne peut répondre à un cas de vol par un meurtre. La disproportion, elle est de taille. Tout compte fait, si ambiguïté, il y avait par rapport à la vindicte populaire-légitime défense, elle vient d’être levée.

Conclusion: l’argument suivant lequel la vindicte populaire est de la légitime défense est oiseux et sans fondement. La vindicte populaire est loin d’être d’ailleurs une défense, une riposte pour se vouloir  légitime.

3-Appréciations juridiques personnelles.

La vindicte populaire n’a pas fait l’objet de définition légale par le législateur. Ceci dit, il n’y a pas de sanction propre à elle comme dans le cas des infractions spéciales (vol, viol, meurtre, etc) et le principe en la matière étant celui de la légalité des délits et des peines, on ne saurait punir a priori. On ne peut punir une infraction d’une peine que si elle a été prévue par la loi. Nullum crimen, nulla poena sine lege, pour dire il n’y a de crime, ni de peine sans loi. Mais attention, que les amoureux de cette pratique ne se réjouissent pas encore. Certains se demandent comment punir toute une masse, tout un peuple puisqu’on parle de justice du peuple et un seul individu n’étant pas concerné.

Et bien, voici mes réponses.

a- Le juge doit punir sévèrement.

De toutes les façons, le juge ne saurait refuser ou s’abstenir  de trancher au moment opportun sous prétexte du silence, de l’insuffisance ou de l’obscurité de la loi sur la question de vindicte populaire. Il pourra au cas échéant être poursuivi de déni de justice.

b- Libres pouvoirs d’appréciation et de décision du juge

J’ai l’habitude de dire que je ne suis pas juge et je n’ai jamais officié en tant que juste, mais juriste, je suis éclairé par rapport à plusieurs questions de droit. Face à cette situation, le juge pourra contextualiser le phénomène.

La vindicte populaire est une infraction grave. La clameur désigne un individu X qui est lynché sans avoir bénéficié d’un procès. Pourtant la règle est de lui accorder le bénéficie du doute; et plusieurs jurisprudences civiles et pénales ont acquitté certains présumés coupables pour motif de doute ou de consistance d’éléments de condamnation (in dubio pro reo). La présomption d’innocence est un principe des plus importants en droit en général et en droit procédural en particulier. Elle est si importe qu’elle est reprise dans plusieurs instruments juridiques:

  • L’article 11 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 dispose :

« Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d’après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l’acte délictueux a été commis. »

  • L’article 9-1 du Code Civil  dispose « Chacun a droit au respect de la présomption d’innocence » .
  • L’article 6 de la Convention Européenne de sauvegarder des Droits de l’Homme du 11 novembre 1950: «Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie»

  •  L’article 17 de la constitution du 18 février 2006 de la République Démocratique du Congo en son dernier alinéa le prévoit également.
  • L’article 9 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789: « …tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable…»

 

La vindicte populaire d’est donc d’entrée une violation grave à la présomption d’innocence.

Par ailleurs le juge dispose du pouvoir large d’appréciation du cas de vindicte populaire.

Elle est comparable au meurtre ou à l’assassinat. Les prescriptions légales nous édifieront.

Que prévoit la loi?

Le Code Pénal prévoit des sanctions fortes et lourdes pour les meurtriers.

Ce tableau que j’ai élaboré parait plus attractif. Imprégnez-vous en.

Article 221-1: le fait de donner volontairement la mort à autrui constitue un MEURTRE.
Article 221-3 : le MEURTRE commis avec préméditation constitue un assassinat. Il est puni de la réclusion criminelle à perpétuité.
Article 221-4: le MEURTRE est commis de réclusion criminelle à perpétuité lorsqu’il est commis…8°  »  par plusieurs personnes agissant en bande organisée ».

La préméditation est définie dans l’article 132-72 du code pénal comme « le dessein formé avant l’action » de donner intentionnellement la mort à autrui. Autrement dit, la préméditation est le dessein mûrement réfléchi et persistant d’attenter à la vie d’autrui par des moyens soigneusement choisis( essence-objets tranchants-pneus-allumettes) dans l’intention de réussir l’entreprise coupable.

Mieux, puisqu’on est dans le cas de la vindicte populaire, donc de bandes organisées, l’article suivant mérite attention.  Article 221-4: « Le meurtre est puni de la réclusion criminelle à perpétuité lorsqu’il est commis : 1…2…8°   » Par plusieurs personnes agissant en bande organisée ». Ne se trouve-t’-on pas dans le cas de la vindicte populaire par exemple?

 

Au total, il convient de souligner que loin de ce que pensent d’aucuns, la vindicte populaire est un crime. Il s’agit d’un assassinat et la justice pourra donner son appréciation sur la question au procès. Toutefois, nul doute qu’il s’agit d’un cas analogue à l’assassinat. Des auteurs, co-auteurs,  complices et même de simples témoins de la pratique ( non assistance à personne en danger) pourront être jugés même à partir des images publiées sur les réseaux sociaux.

Mais moi, André-Marie GBENOU, je pense que dans  un État de droit, modèle de démocratie et de garantie des droits de la personne humaine comme le nôtre d’où sont d’ailleurs ressortissants  d’éminents Professeurs et praticiens de droit comme Maurice AHANHANZO-GLELE, Dorothée SOSSA, Robert DOSSOU, Adrien HOUNGBEDJI, Joseph DJOGBENOU, Noel GBAGUIDI, Abraham ZINZINDOHOUE, Joel AIVO, Ibrahim SALAMI (et sans oublie André-Marie GBENOU, jeune juriste que je suis) contribuant énormément à la doctrine africaine, il urge d’actualiser le Code Pénal et de l’adapter aux réalités contemporaines.

Le mieux déjà, c’est d’abandonner cette vieille pratique qui  nous fait ressembler à des hunts et à des vikings.

La morale, la religion et le droit recommandent de ne pas tuer.

André-Marie GBENOU, Vindicte populaire, et si on en parlait?

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Affaire d’annulation de concours, un éclaircissement

Le gouvernement n’a pas annulé les concours et il n’a pas à annuler un concours. C’est le juge qui prononce l’annulation des actes administratifs pris par les autorités administratives. Le gouvernement a plutôt suspendu les effets des actes argué frauduleux, en les retirant.

Il s’agit d’un abus poussé de langage et de terme que de parler d’annulation de concours. Et, en tant que jeune juriste, je m’en voudrais de rester placide sur la question qui est quand même d’actualité.

 » apices juris  non sunt jura « , lire les subtilités du droit ne font pas le droit. Sur la question de concours, un éclaircissement vient à point nommé.

Le jeudi 7 juillet dernier, le conseil des ministres, dans son relevé, a fait mention de ce que la Ministre du Travail, de la Fonction Publique et des Affaires Sociales a présenté le rapport de la Commission de vérification de la régularité des concours directs de recrutement d’agents de l’État, organisés au titre de l’année 2015 au profit de l’administration centrale des finances, des régies financières et des autres corps de l’Etat.

On a pu entendre d’une part et lire d’autre part : « ..  Ainsi, les actes d’aide à la décision administrative comme les listes d’émargement des candidats, les actes de composition de jurys, de délibération et de proclamation d’admission, ainsi que des lettres de mise à disposition ont été entachés de fraudes…C’est pourquoi le Conseil des Ministres, en approuvant le rapport de la Commission a décidé de considérer comme frauduleux, tous les actes administratifs pris dans le cadre de l’organisation desdits concours, allant de la composition des jurys à la délibération et la proclamation d’admission, y compris les actes de mise à disposition d’agents recrutés. »

On ne saurait parler d’annulation d’actes administratifs puisque seul le juge, un juge spécial en l’occurrence celui administratif est compétent pour prononcer l’annulation d’actes administratifs. On ne saurait non plus parler d’annulation de concours, on n’annule pas ce qui a été, mais on met fin à ses effets. Tout compte fait, parlant de la décision prise en conseil des ministres, il s’agit plutôt de retrait d’actes administratifs argué frauduleux notamment ceux de délibération et de proclamation d’admission des agents publics recrutés dans le courant de 2015.

Les lauréats des concours à polémique et leur avocat-conseil Me TCHIAKPE mécontents de cette décision du conseil des ministres ont une possibilité: le juge.

Mais l’on va se demander si un relevé de conseil des ministres peut être attaqué devant les juridictions?

La Cour Suprême du Bénin a déjà répondu à cette question quand l’on se réfère à la loi 2004-07 notamment dans l’alinéa 1er de son article 34 qui dispose: « La chambre administrative de la Cour Suprême est juge de droit commun en premier et dernier ressort des décisions prises en conseil des ministres ».

Ceci dit le collège des lauréats représenté par Me TCHIAKPE a le choix d’attaquer la décision du conseil des ministres du jeudi 7 juillet 2016 devant le juge administratif de la Cour Suprême.

Comme l’a défini le Professeur Édouard Laferrière dans la classification formelle des contentieux, nous sommes en présence du contentieux de l’annulation, puisque nul doute que les lauréats demanderont au juge d’annuler cette décision gouvernementale qui leur porte lésion. La partie lésée,lauréats, qui sera indubitablement demanderesse au pourvoi ( on aura qu’un seul et unique recours notamment devant le juge de la chambre administrative de la Cour Suprême) aura un délai de deux (2) mois francs à compter de la publication ou de la notification de la décision querellée, donc jusqu’au 7 septembre 2016 pour former son recours.

Il appartient au juge d’apprécier la recevabilité du recours et de vérifier si l’acte déféré à sa censure est illégal ou pas.

Deux options s’offrent à lui:

  • la question de l’illégalité externe:

La chambre administrative de la cour suprême étudiera le recours à ce niveau suivant deux volets. Le premier pose le problème de la compétence et le second des vices de formes et de procédures.

Au premier niveau, aux moyens et arguments de la partie lésée, le juge appréciera l’aptitude légale du conseil des ministres à prendre une telle décision. Autrement dit il s’agit de voir si le conseil est habilité à intervenir, à retirer les actes argués frauduleux.

Le second niveau touche le processus d’élaboration de la décision. Des consultations préalables ont-elles faites par des commissions ad hoc installées à cet effet? y a t’il d’irrégularité? ce sont là quelques questions que posera le juge.

  •  la question de l’illégalité interne:

Elle concerne le fond de la décision gouvernementale. Dans ce volet, on classe la violation de la loi, le détournement de pouvoir, l’erreur, la qualification juridique des faits. Pour moi, il s’agit de la vérification matérielle des éléments du recours.

Il est clair que  » audi lateram partem« , l’autre partie doit être entendue. En réponse aux moyens et arguments de la partie demanderesse, la partie gouvernementale aura à apporter les preuves contraires des allégations de la première, notamment les preuves avancées dans le relevé de conseil des ministres attaqué.

Je ne suis pas juge et je n’ai jamais officié en tant que juge, mais la loi étant loi et vérité, elle est connue. Le contenu de la décision du conseil querellée sera comparé aux normes légales pour vérification de légalité. Aussi, le juge vérifiera-t-‘il les intentions de la décision, ses mobiles, etc.

Parlant de la qualification juridique, telle que consacrée dans l’ arrêt GOMEL, GAJA N° 30 du 4 avril 1914, CE, le juge aura à vérifier si le conseil des ministres a qualifié logiquement la situation juridique par  rapport aux textes juridiques.

Au demeurant, il y a donc une chance aux deux camps: soit le juge donne raison au gouvernement en annulant, je répète en annulant les actes de proclamation d’admission donc aux concours, ceci avec pour corollaire la suppression des effets d’après proclamation de résultats. En d’autres mots, les actes attaqués seront considérés comme n’ayant jamais existé. Mais si au contraire, le juge administratif trouve tort au gouvernement, les lauréats auraient gagné et la décision de retrait n’aurait plus son effet.

Mais il faut déjà retenir que le gouvernement n’a pas annulé les concours, il a plutôt retiré les actes administratifs de procédure, de délibération et de proclamation. L’annulation, c’est le juge qui la prononce.

Un éclaircissement, il le fallait.

 

André-Marie GBENOU.

 

 

André-Marie GBENOU: Nash fête son annif

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Joyeux anniversaire mon boud’chou.

Nash comme j’aime l’appeler, fête son anniversaire ce 11 mai. De vrai prénom Natacha, son anniversaire et bien oui, coïncide  avec la commémoration de décès de Bob Marley.

Nash est une fille native de grand popo, mina donc d’ethnie aux caractères doux et intéressants.Elle est ravissante, courtoise, intelligente et surtout embêtante.Des fois, sa folie l’amène à faire ce que tu lui interdis.

1-Comment l’ai-je connue?

J’ai connu Natacha à l’Université. On était tous deux admis à l’École Nationale d’Administration et de Magistrature( ENAM) en Administration Générale et de l’autre côté en Sciences Juridiques à la Fac de Droit. On se voyait à l’ENAM, mais nous nous saluions à peine. Le choc a eu lieu à la Fac de Droit. On était dans l’une des salles de la FAST, entendez Faculté des Sciences et Techniques. On avait en effet à préparer un exposé dans le module Grands Faits et Événements. Et bien oui, si à la Fac, on pouvait sécher les cours allègrement, ce qui était aussi sûr  est de ne pouvoir échapper à cette dame: le Professeur Régina Bill CATARIA, une dame de fer d’une rigueur indescriptible et d’un air caustique. C’était surtout sa matière qui faisait échouer plus d’un. Elle était incontournable en Première Année de Droit.

Venons aux choses intéressantes.

F et G sont les initiales de nos patronymes respectifs, celui de Nash et de moi, j’allais dire.  On se retrouvait dans le même groupe, puisque les groupes étaient concoctés, que dis-je, élaborés suivant l’approche nominative alphabétique.

Elle était assise devant moi pour le travail du groupe. C’était d’ailleurs la première et dernière séance de travail communautaire à laquelle on avait pris part en première année de droit en ce temps-là.

Quand nous eûmes terminé le travail qui nous avait regroupés, nous nous échangeâmes non pas les civilités, mais les contacts( je profite ici pour dire à son petit-ami de ne faire aucune tête qu’elle soit de jalousie ou d’adversité et de ne pas penser que Nash est facile surtout quand il s’agit d’avoir son contact. Non, loin de là). J’allais à wloguèdè, et elle à zogbo. Nous avons pris ensemble un taxi commun, lequel la laissa devant chez elle et moi naturellement chez moi. C’était une bonne journée parce que je ne savais pas que j’avais sympathisé avec une non moins bonne personne, une fée.

De modules de cours en modules de cours, nous approfondîmes nos relations d’amitié et de coopération lesquelles étaient soutenues d’ailleurs par l’urbanité, que dis-je la courtoisie dont faisaient montre l’un et l’autre. Nash ne m’a jamais abandonné, moi non plus. Ad probationem,  à part notre amie Bernice, c’est la seule parmi mes amies,qui, après notre formation à l’ENAM, s’intéressait encore à moi, non pas du point de vue sentimental, mais purement et simplement amical. Les autres pimbêches m’avaient esseulé sans scrupule aucun.Personne n’avait le temps de l’autre, mais Natacha avait mon temps, du moins faisait l’effort de ne pas me blesser.

2- Amitié

Même si sa folie l’amène parfois à se comporter comme une sinoque, Nash est celle qui était là à tout moment. Elle s’imprégnait fréquemment de mes nouvelles, allait me rendre visite au service et même acculé à la brune, elle m’attendait. Je me rappelle encore que pas plus tard qu’en décembre, période où le COS-LEPI et les Affaires Etrangères ne me laissaient que 5h de temps de repos sur 24, on devrait se voir à nos sorties du travail. Elle était sortie aux environs de 19h et bibi, j’étais encore au service où je préparais les passeports de certains agents du COS-LEPI qui allaient voyager le lendemain.Ayant éconduit de m’attendre dans l’un des bureaux que j’occupais, Nash a préféré m’attendre dans le hall. Sauf erreur ou sclérose de ma mémoire, elle y est restée jusqu’aux environs de 22h: juste pour dire qu’elle savait attendre, du moins elle savait m’attendre. Sa pondération, sa gentillesse et son humilité faisaient qu’elle me comprenanait même quand je déraillais parce que peu de personnes de sexe féminin, m’apprécient. Elle adoucissait mes comportements sarcastiques et caustiques de façon qu’ils n’aient aucun effet d’énervement ou de fâcherie sur elle.

3- Comportement

Elle a jusqu’ici fait montre de respect et de politesse à mon endroit. Ceux-ci font même que pour nos rencards dans les restaus, elle met son point d’honneur à me servir. Mieux, se trouvant tellement en posture de femme africaine, elle me prend pour un roi, considération qui l’amène jusqu’à me servir (servir, cad que devant le plat commandé, elle me sert dans mon assiette, ce qui est rare et difficile à faire pour les filles de nos jours). Quoique nous ne soyons ni soupirants l’un de l’autre, ni fiancés, ni mariés, elle m’accorde cet égard, ce respect. Elle me respecte, me traite avec hauteur et surtout n’aime pas me voir souffrir.Nash je te suis reconnaissant.

4-Style

Ce qui me sidère chez Nash surtout, chose que je ne lui ai jamais faire savoir, c’est son code vestimentaire. Je dis code parce qu’on dirait qu’il est des règles qu’elle suit, lesquelles constituent pour elle  des exigences. Je la vois rarement pour camoufler que je ne l’ai encore jamais vu porter une même chose deux fois. Question: Nash dis moi comment tu fais? rire

Natacha a en fait du style. Elle ne porte pas des vêtements, non elle s’habille. Elle sait faire seoir vêtements et bas, chaussures j’allais dire.

Mais s’il y a une chose qui rend Nash bizarre et floue, c’est qu’elle n’apprécie souvent pas mes copines, du moins ne les a jamais aimées.

Nash Pourquoi?

André-Marie GBENOU: Histoire, je me rappelle comme si c’était hier

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Je me rappelle ce jour 4 mai 2015 comme si c’était hier.

Lundi 4 mai 2015, j’étais au bureau à la Direction des Relations avec les Béninois de l’Extérieur quand j’aperçus depuis le 2e étage du bâtiment de l’actuel MAEC (ancien MAEIAFBE), une ribambelle d’hommes et de femmes aux airs mécontents et révoltés. C’était loin d’une liesse populaire, mais un soulèvement.

Aux environs de 11h, maman m’a appelé depuis le Mono:  » c’est vous qui êtes à Cotonou, c’est vrai que le boss a envoyé des militaires chez Azanai? » je ne comprenais rien.

Les instants d’après, parvinrent des infos des télés et radios de place faisant passer quel message? Boni Yayi a envoyé des militaires prendre l’honorable AZANAI.

J’étais au bureau avec mon ami Prince TANKPINNOU, qui causait directement avec notre ancienne collègue de filière Candace, la fille de  Candide AZANAI

On avait tous le cœur gros, tout le monde avait peur.

J’avais plutôt plus peur pour ma petite amie, qui avait quitté calavi pour me chercher. Ce qui me rendait davantage pétochard et anxieux, ce qu’elle avait emprunté la voie de la guerre, la voie de zogbo. Au moment où elle jouait l’intrépide, moi J’avais peur, j’avais peur qu’elle se fasse transpercer son joli par une balle perdue et je priais.

Elle est venue me chercher aux envions de 18h45. On a emprunté la route des pêches pour le retour. Mêmes les coins, les recoins souvent non empruntés étaient envahis, c’était une ruée, tout le monde voulait aller prendre le même chemin. C’était carrément de la période de l’entre-deux-guerres. .On s’est frayé un chemin dans la brousse pour parvenir à Calavi.

Le Lundi 4 mai 2015, c’était carrément la guerre au Bénin, du moins, ce n’était pas loin de là.

Cette nuit même, alors que je remerciais Dieu de nous avoir gardés sains et sauf et conduit à la maison sans atteinte quelconque, mon frère ainé,  » ce min hou tô (assassin) » m’appelle à 23h pour me demander de passer le chercher à kouhounou. Comment un type qui a traversé une dure situation, un imbroglio va se permettre ce luxe de s’y replonger et pourquoi? parce qu’un quidam ne veut pas dépenser 500f pour le transport? putain. Mais que diable m’arrive t’il? de ressortir aller chercher mon frère,  traverser une fois encore ce trajet d’enfer? c’était de la mer à boire. Je n’en pouvais plus. Ma poitrine est plus bouffie que le matin.

J’ai pris ma moto et suis allé chercher ce « min hou tô » avec des bifurcations terribles et indicibles. Dieu merci, on est arrivé à destination sain et sauf.

Quand j’ai joint mes amis qui rentraient de Cotonou pour calavi comme moi, la plupart, ayant emprunté le quartier de la scène (zogbo), se sont gravement plaint. C’était carrément la traversée d’un fossé insidieux rempli d’animaux sauvages.

Certains étaient arrêtés et pour passer, ils devraient dire un slogan élogieux à l’endroit du Président de la République. Pour d’aucuns, c’était  » yayi boni hoyé » ou pour d’autres  » alleeeeer yayi » ». Ce jour là, la circulation était bloquée et les conducteurs de voiture étaient stoppés et et les voitures fouillées anarchiquement. C’était le désordre le plus absolu.

Le 4 mai 2015 pour les béninois, notamment les habitants de godomey, calavi et environs, c’était un jour cauchemardesque. C’était l’enfer.

 

André-Marie Calliste GBENOU.